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Tribune de Julien Aubert : la République en Marche Impériale ( Valeurs Actuelles )

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Tribune. Député LR du Vaucluse, Julien Aubert dénonce la toute puissance d’Emmanuel Macron et de sa majorité, qui a bâillonné l’opposition à l’Assemblée nationale.

Les Français ont fait le pari de la jeunesse et de la transgression en votant Emmanuel Macron. Ils se sont réveillés avec un Président Jupiterien, Miterrandien, Techno-monarchique. Le règne a débuté sous les symboles : le Louvre puis Versailles (respectivement première et seconde demeure des Rois de France), avec un style louis-quatorzien permettant au Président élu de se proclamer source de toute légitimité, y compris des élus du peuple choisis grâce à son nom. La première mesure fut de leur faire signer un contrat les obligeant à voter comme on le leur indiquerait.

Ce retour de la verticalité, alors que la campagne des Marcheurs était justement horizontale et participative, n’est en soi pas une mauvaise chose. Macron connait son Histoire, à quelques gaffes près sur l’Algérie, et il sait que la Vème République est césaro-républicaine. Il l’assume.

Là où le bât blesse c’est que ce pouvoir n’a aucun contre-pouvoirs, hormis le Sénat : le groupe majoritaire, composé de néophytes, est plein de promesses et d’ardeur mais obéit – pour l’instant – sans sourciller. C’est ainsi que la majorité a allègrement piétiné l’opposition lors des élections internes à l’Assemblée, ce que même de Gaulle ou Mitterrand n’auraient osé imaginer.

La bonne régulation démocratique veut que l’opposition soit respectée et qu’elle participe à la gestion de l’Assemblée. Les Républicains ont été écartés de ce rôle, la majorité préférant choisir comme « questeur d’opposition » Thierry Solère, élu lui-aussi député avec le nom d’Emmanuel Macron, et que les liens d’amitié avec l’actuel Premier ministre ne prédisposent pas à en faire un membre représentatif de l’Opposition.

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Cette velléité d’organiser le débat au goût du Prince n’est pas nouvelle. La presse elle-même s’était émue en mai que le nouveau pouvoir veuille choisir les correspondants accrédités à l’Elysée, là aussi violant une pratique républicaine bien ancrée.

Demain d’autres mesures vont accroitre l’hyper-présidentialisation du régime, comme le recours massif aux ordonnances ; la convocation d’un Congrès pour « donner la bonne parole » quitte à neutraliser le Premier ministre ; la suppression de l’immunité parlementaire ou encore le renforcement du controle des dépenses des députés par la Majorité. La fraicheur de la REM ne doit pas servir d’alibi à ce vaste recul démocratique, car si les nouveaux députés n’ont pas forcément conscience de ce qu’on leur fait faire, il n’en est pas de même pour leurs chefs.

Seule consolation : la faiblesse de la République Impériale réside dans l’idéalisme des marcheurs. Lorsqu’ils se réveilleront, le mandat triomphal de Louis XIV pourrait se clôre en marche … sur Versailles de députés bien décidés à en découdre. En tout Louis XIV sommeille un Louis XVI qui s’ignore.