frame

Tribune de Julien Aubert : «Orphée foudroyé» (L’Opinion)

« Si nos soldats ont entendu les déclarations d’amour d’Emmanuel Macron aux start-upers, ils aimeraient que le président de la République leur manifeste aussi du respect et de la considération »

 

Ainsi donc Jupiter a foudroyé son chef d’état major, tel Orphée, qui dans la mythologie fut ainsi puni par Zeus pour avoir révélé aux hommes les secrets divins.

Sur la forme, il est assez évident qu’un militaire, aussi gradé qu’il soit, n’a pas à contredire le chef des armées, Président de la République. Malheureusement, ce qui s’est passé dans le cas de Villiers est différent.

Les propos rapportés du chef d’Etat major sont sur le fond tout à fait justifiés : après avoir promis une hausse du budget de la Défense à 2% du PIB, le premier mouvement complètement antinomique du gouvernement a été de geler et raboter une partie du budget 2016. Cherchez la cohérence. Ensuite, et surtout, les propos ont été tenus en audition au Parlement devant la commission de la Défense.

Le Général de Villiers n’est pas le premier fonctionnaire qui sert de défouloir à un politique qui manque parfois de tact. Néanmoins, si nos soldats ont entendu les déclarations d’amour d’Emmanuel Macron aux start-upers, ils aimeraient que le Président de la République leur manifeste aussi du respect et de la considération, alors qu’ils sont prêts à donner leurs vies pour protéger les nôtres.

La France est placée sous une menace croissante. A l’échelle de la planète, les principales puissances renforcent leur outil militaire, et il est grand temps de retrouver pour la France une politique de Défense cohérente et ambitieuse. Pour l’instant, Emmanuel Macron, conformément à son penchant eurobéat, répéte en boucle « Europe de la Défense », « Europe de la Défense ». La recherche de partenariats renforcés avec nos alliés apparaît à ses yeux comme un moyen de faire des économies. Sur ce dossier comme sur tant d’autres, il croit que l’avenir de la France est de s’en remettre à d’autres. Nous devons garder la capacité de Défense indispensable pour protéger nos citoyens, défendre nos intérêts et faire rayonner nos valeurs. Ne baissons pas la garde.

La crise d’autoritarisme d’Emmanuel Macron n’est pas seulement un épiphénomène. Elle pose un problème constitutionnel : si les fonctionnaires auditionnés par le Parlement craignent pour leur carrière en parlant franchement aux représentants de la Nation, alors ces auditions ne serviront bientôt plus à rien. Mécaniquement, le Parlement sera dans l’impossibilité d’accéder à l’information nécessaire pour contrôler efficacement le gouvernement.

De Villiers a eu le courage de parler et de partir. Pour Emmanuel Macron, ce n’est pas une victoire : « Un Etat qui rapetisse les hommes pour en faire des instruments dociles entre ses mains, même en vue de bienfaits, s’apercevra qu’avec de petits hommes, rien de grand ne saurait s’accomplir ». (John Stuart Mill)