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EDITO : Le test de Syrie

La photographie des ces enfants gazés est insoutenable. Croire néanmoins que Bachar El-Assad a gazé des familles sans réfléchir aux conséquences est naïf et je fais partie de ceux qui pensent qu’il joue en fait une partie d’échecs redoutable.

Ce calcul risqué, Assad l’opère après l’annonce du retrait des forces turques du territoire syrien (le 29 mars), invasion que Damas avait condamnée, et donc à un moment où la situation s’améliore pour Assad. Le régime est sur le point de lancer une grande offensive terrestre contre les rebelles, avec une aide aérienne russe (chasseurs-bombardiers).

D’un point de vue rationnel, c’est donc tout à fait incompréhensible.. à première vue.

Ce serait oublier que cela fait surtout suite à un attentat terroriste contre la Russie commis par des activistes se réclamant de Daech : Assad a utilisé cette attaque pour frapper, vengeant la Russie et obligeant son allié à lui offrir une contre-assurance au moment où la situation sur le terrain s’améliorait et que certains, à Washington par exemple, auraient pu de nouveau être tentés par un remodelage syrien, imaginer l’après Assad. Assad a compris le danger de la lune de miel Poutine – Trump.

Second calcul : cette attaque chimique permet au passage à la Syrie (et son allié russe par ricochet) d’évaluer Trump. Le dirigeant syrien n’a certainement pas oublié la pusillanimité de Barack Obama, lequel après avoir parlé de « ligne rouge » à ne pas franchir à propos de l’utilisation d’armes chimiques, s’était dégonflé rapidement et pris aucune sanction. Nous allons savoir désormais si le nouveau président Trump n’est qu’un aboyeur ou un homme dangereux. Voilà qui peut paraitre insensé et irrationnel : qui irait provoquer quelqu’un dont on pense qu’il est armé et suffisamment fou pour châtier ?

Qui ? Quelqu’un qui a peut être compris que Trump est un personnage fantasque, avec beaucoup de gueule mais peu de suite dans les idées, et qu’affaibli par des affaires internes, il sera moins fort pour faire accepter une nouvelle aventure syrienne au peuple américain.

Le régime réagit en fait comme toutes les dictatures lorsqu’elles se sentent menacées : en élevant le niveau de risque de manière à créer une instabilité régionale plus puissante de nature à faire reculer les adversaires. La Corée du Nord, qui a multiplié les provocations à l’égard de Trump, en prenant en otage la Chine, agit exactement avec la même méthode car seuls le confinement, les sanctions et l’insécurité permettent à des dictateurs brutaux de militariser leur pays et garder une main-mise totale sur l’économie, sans espoir de contre-pouvoirs.