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Edito : La PMA-pour-tous

La secrétaire d’Etat à l’Egalité a annoncé ce mardi que les femmes célibataires et les lesbiennes auront droit à accéder à la procréation médicalement assistée. Cet élargissement, qui devrait être inscrit dans la prochaine loi bioéthique, est présenté comme devant mettre fin à une discrimination entre femmes. Donc comme une avancée sociale.

J’aurais ici deux remarques sur le fond du raisonnement.

Premièrement, l’argument selon lequel il faudrait changer la loi française parce que nous ne nous donnons pas les moyens de la faire respecter, les couples concernés devant aller à l’étranger pour la contourner, est particulièrement inquiétant. C’est un superbe exemple d’incapacité d’un pays soit-disant souverain à faire appliquer les règles qu’il a édictées. Doit on systématiquement nous caler sur le moins-disant sociétal du voisin parce que nous ne savons pas faire respecter nos lois ? Autant supprimer le Parlement et se brancher directement sur la législation hollandaise.

Deuxièmement, assimiler l’homosexualité ou le célibat à une forme d’infertilité est un raisonnement faussé, car l’infertilité est une caractéristique naturelle individuelle (on est ou pas infertile) et non lié à la forme du couple (l’union est fertile ou pas). Si je devais prolonger ce raisonnement, je pourrais élargir sans limite la PMA car des formes d’union infertiles, il y en a beaucoup (deux personnes âgées par exemple). Il ne s’agit pas de caricaturer mais comme le moteur est de traiter de manière égale des situations différentes, il faut souligner que le raisonnement est potentiellement infini. Le seul frein peut donc être les valeurs ou la Morale, en refusant d’inclure telle ou telle forme de couple dans le périmètre.

Au surplus, au nom de la lutte contre les injustices, on crée en pratique deux nouvelles discriminations.

En effet, il y a déjà une pénurie de don de gamètes, avec environ 3 000 couples en attente. La décision du gouvernement va donc grossir les rangs des prétendantes et limiter l’accès des couples infertiles à la PMA. Est-ce vraiment juste ? Pour l’enfant, qui a droit à avoir un père et une mère, certainement pas.

L’autre discrimination, c’est qu’on s’apercevra après avoir autorisé la PMA seulement pour les femmes qu’on a créé une inégalité hommes/femmes puisque les hommes homosexuels ne pourront pas avoir d’enfant sans passer par une adoption… ou la Gestation pour Autrui. Et l’étape d’après sera donc probablement d’autoriser la location des ventres féminins, au nom de la lutte contre les discriminations. Belle avancée éthique.

Le débat devrait donc s’extirper de la pensée « fournie en kit » comme quoi toute avancée technique est un progrès, et toute libéralisation une avancée sociétale. Derrière le débat sur la PMA, se cache un sujet éthique : quel droit un humain peut-il acquérir sur un autre, et à quel prix ? La mondialisation néo-libérale que la Gauche dénonce, ne marchandise pas seulement le travailleur, mais l’humain tout simplement.