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Edito : la fin du Parlement

La réalité tient à deux chiffres : le budget de l’Assemblée nationale va baisser de 5,9% en 2018… et celui de l’Elysée augmenter de 3%.

La recherche d’économies perpétuelle conduit à supprimer les prétendus avantages des députés : le système de retraite, effectivement autrefois très confortable, va encore être revu à la baisse (pour la seconde fois en 5 ans), en oubliant qu’après une interruption de carrière pour un mandat politique, le reclassement est complexe. Déjà, le niveau de rémunération d’un mandat est en décrochage avec les salaires versés dans le secteur privé, et la haute-fonction publique. En faisant en sorte que la perte de revenu lorsqu’on est élu soit immédiate (traitement) et future (pension), on s’assure que les meilleurs déserteront les bancs de l’hémicycle : demain, les apparatchiks élus à la proportionnelle seront les petits soldats de l’Elysée, le doigt sur la couture du pantalon. Sans moyens, totalement déconnectés du terrain, appauvris, vous pouvez être sûrs qu’ils serviront servilement un exécutif
tout puissant.

L’avillissement des parlementaires est complet : Le parlementaire français avec ses 3/4 collaborateurs fait bien pâle figure par rapport à son homologue américain qui dispose d’une quinzaine de collaborateurs. Les Questeurs « new age » de LREM réfléchissent à leur faire soumettre la moindre facture de déjeuner à un déontologue Jupiterien qui décidera de l’opportunité de l’agape. Faire d’un élu de la Nation un salarié d’un fonctionnaire nommé par l’Etat, voilà le résultat de 10 ans de poujadisme. Imaginez votre Maire soumis au controle d’un fonctionnaire de préfecture pour savoir s’il a eu raison de petit-déjeuner avec un entrepreneur, et vous aurez le décalque de l’infantilisation des parlementaires. Rendre des comptes, oui : à des élus, à des questeurs, au peuple, mais à un « procto-déontologue », non.

Désormais, on va plus loin. On nous explique qu’au lieu de nous loger dans un hotel quand nous sommes sur Paris, ou bien dans des bureaux aménagés, nous serions gentils de bien vouloir faire du Airbnb. Faire la publicité d’un dispositif qui échappe en partie à l’administration fiscale et qui démolit l’hotellerie traditionnelle, il fallait y penser. Demain on préconisera Uber plutot que les taxis ? Et pourquoi pas passer par des plateformes téléphoniques au Maroc pour faire des économies pendant qu’on y est ?
L’auteur de cette solution intelligente n’est autre que le Questeur « constructif » Thierry Solere, élu en banlieue parisienne. Evidemment, celui-ci n’a jamais dû dormir dans son bureau ou loger à l’hotel, puisque sa circonscription est à 20 minutes en voiture. Dans son élan, il a même proposé la colocation, comme si en venant travailler sur Paris on me faisait l’aumône d’un logement. Il ne nous a pas été précisé si on cologerait homme/femme (attention au harcèlement !), par affinité politique ou géographique (la colocation franck Riester / Christian Jacob risque d’être sympathique…). Evidemment, lui gagne deux à trois fois le salaire d’un député et dispose d’un magnifique appartement de 150 m2 au Palais.

Pendant ce temps là, notre Jupiter décide seul en court-circuitant le Premier ministre et en s’appuyant sur quelques hauts-fonctionnaires habilement placés aux endroits stratégiques dans les cabinets. Et il est entouré de collaborateurs qui pour certains émargent à 15 000 par mois, trois fois ce qu’on donne à un parlementaire.

Je propose donc quelque chose de simple : que l’Elysée, le Président de l’Assemblée et le Questeur montrent l’exemple. Essayons la colocation, vidons l’Hotel de Lassay pour y faire dormir des députés, baissons de moitié les retraites et les émoluments. On verra si les donneurs de leçon seront toujours aussi allants…