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Arrêtons de rêver : construisons une autre Europe

Tribune. Julien Aubert, candidat à la présidence des Républicains, ainsi que les députés Thibault Bazin, Sébastien Leclerc et Jacques Cattin estime que le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe acte le fait que la France est en phase terminale.

 

Emmanuel Macron, à la Sorbonne, a dévoilé un grand plan pour l’Europe. Plutôt un rêve, d’ailleurs, qui au bout de 3 heures de discours a dû rencontrer la somnolence de l’auditoire. A défaut d’être original, son projet est en réalité la même copie qu’on a proposée aux électeurs depuis Valéry Giscard d’Estaing : plus d’institutions (un second Parlement Européen), plus de jacobinisme européen (alors qu’on explique dans le même temps que cela ne fonctionne plus pour la France), et des propositions destinées à franchir un nouveau pas vers un Etat fédéral. Proposer des listes transnationales, au nom d’un peuple européen, revient à donner possiblement au peuple français des représentants de langue et de nationalité différentes et à accepter qu’ils nous soient imposés par les votes de pays comme l’Allemagne, démographiquement plus nombreux. C’est acter que la France est en phase terminale.

La souveraineté est un nombre premier : elle ne se divise pas, elle est ou n’est pas. Ces envolées lyriques contrastent avec une situation nationale catastrophique où notre indépendance nationale est un peu plus bradée chaque jour. Un traité comme le CETA, qui va nuire à l’agriculture française, est ainsi rentré en vigueur sans que le Parlement français soit consulté préalablement. Une entreprise comme Alstom a été dépecée successivement avec la complicité des gouvernements de Hollande puis Macron au profit de GE puis de Siemens. Notre filière nucléaire est lentement asphyxiée par l’obsession écologiste au grand profit des géants chinois du secteur photovoltaïque. Quant aux chantiers de St-Nazaire, le banquier Macron a promis aux Italiens un contrôle de facto de 51% de l’entreprise.

La stratégie économique française est colbertiste et basée sur les champions nationaux puissants à l’international. Nous n’avons pas de grosses PME, pas beaucoup de start-ups dont très peu de licornes. Si on se débarrasse de nos champions, qui ont concentré pendant des décennies voire des siècles nos investissements en capitaux (publics et privés) en R&D, sur quoi allons-nous reposer désormais ?

Quant à notre position géopolitique, notre indépendance en matière de politique étrangère est gravement remise en cause. De Gaulle disait : « pour faire quelque chose avec les Russes, il faut être capable de faire quelque chose sans les Russes ».

Et nous ne serons plus capables de faire quoi que ce soit sans les Américains.

Voilà pourquoi nous propose de construire une autre Europe qu’Emmanuel Macron.

Non pas une Europe ouverte aux quatre vents et déconnectée des peuples, mais une Europe avec des frontières. Non pas une Europe uniformisée et standardisée mais une Europe qui respecte sa richesse qui a fait sa force : l’émulation du génie des Nations. Plutôt que deux Parlements européens, pourquoi pas plutôt un seul Parlement où siègeraient des députés nationaux, ce qui permettrait de mieux faire connaitre les institutions bruxelloises. Plutôt que de vouloir harmoniser fiscalement, c’est-à-dire uniformiser socialement, pourquoi ne pas valoriser les meilleurs systèmes de protection sociale des citoyens ?

Macron rêve sans doute de devenir le premier Président d’un peuple européen mythifié. Nous n’avons pas à être les otages de sa folie de grandeur, lui qui se comporte déjà comme un roi-poète. Plutôt que de rebâtir l’Empire de Charlemagne à la sauce technocratique, concevons l’Europe comme un projet de coopération en revenant aux fondamentaux : l’indépendance alimentaire, l’indépendance énergétique, la recherche et la conquête spatiale.

Cette Europe réaliste est urgente à construire pour dompter la mondialisation, en comprenant que les concepts économiques des années 60 (libre-échangisme, mise en concurrence systématique, disparition des services publics) sont dépassés car ils fragilisent un peu plus des démocraties confrontées à la destruction des bases de leur civilisation.

Comment peut-on croire que l’on pourra défendre et faire vivre notre identité si nous ne sommes pas maîtres chez nous, si nous ne sommes pas libres, si nous ne sommes pas souverains ?